Je l'entendais vomir son estomac, tout son sang, à travers la porte; elle se vidait de ses tripes, souffrait de jets monstrueux, souillant les murs. J'entendais ses sanglots étouffés, sa voix bouffée par sa douleur, elle semblait mourir à petits feux. Elle crie qu'elle en a marre, gémit cent fois en 5 minutes qu'elle ne veut pas mourir, elle vomit,vomit ,vomit, vomit...
Je tambourine à la porte, je la supplie d'ouvrir, pour l'aider, je ne sais pas, je me sens inutile. Elle vomit avec toujours autant de vigeur, de force dans la gorge, à tel point que je me demande ce qu'elle peut vomir à présent, si ce n'est son sang. Elle ouvre la porte en grand d'un geste vif et crie, en vomissant presque en même temps "J'veux, j'veux...arrêter maintenant!!" "Assez!!" Elle pleure toutes les larmes de son corps en même temps qu'elle se vide le ventre... Elle court dans tout l'appartement, comme si l'envie de gerber courait après elle. Elle gesticule, saute, court, crie, pleure, ne peut s'immobiliser, les jambes en perpétuel mouvement. Elle est affligée de son propre spectacle, et moi d'autant plus que je ne peux l'aider. Je lui propose d'aller à l'hôpital, pour la rassurer, elle ne m'entend pas, ne veut pas, ne me comprend pas, vomit de temps à autres dans les coins de la pièce les restes d'une frénésie qui ne se calme pas. Pendant qu'elle tremble, tape, trébuche et tombe, je suis livré à moi-même dans ce boucan infernal, et je réalise qu'elle a bu la bouteille de vodka à elle seule. Paniqué, je la vois pleurer et crier sous un autre jour.
Près de deux heures plus tard, épuisée, seuls quelques sursauts de nervosité venant troubler son repos, elle me dit, lovée sur le canapé et les dents serrées, que plus jamais elle ne veut revivre un moment d'une telle atrocité.
Je lui dis que c'est une sage décision.
Le lendemain, je la vois traverser le salon, décoiffée, la gueule de bois, une bouteille de vin à la main.
Elle a tout oublié.